Le Bar de Gandi

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Le "CALP", Part III


Où en étions-nous ?. Ah, oui. Eirik et Joe sont partants, nous bossons sur les présentations pour aller chercher le budget qui nous manque.

Et là, même si nous avons tous créée des sociétés, aucun d'entre nous n'a d'expérience pour lever des fonds. La typologie même de ce "marché" nous échappe. Quelle différence entre tous ces termes abscons (oups) et anglo-saxons (pas de relation de cause à effet entre les deux) ?

Comme tout le monde, j'ai entendu parler de ces "VC" et autres "business angels", si médiatisés dans les années 99-2000. Mais par manque de chance ou de volonté, je ne les ai pas cotoyés certains mardis pendant quelques mois ces années là (les fameuses "First Tuesdays"). Peut-être aussi parce que pour eux, je n'étais personne. Remarquez, j'espère que c'est toujours le cas pour une partie d'entre eux quand je relis l'article :-)

De toute façon, nous n'étions pas interessés par les personnes uniquement motivées par leur retour sur investissement à court terme. Nous souhaitions des personnes (physiques et/ou morales) nous donnant le plus de garanties possibles sur la pérennité du projet dans son ensemble ...

Enfin bon, je le raconte maintenant de cette manière, mais à l'époque, on est allés faire un certain nombre de présentations. Ne serait-ce que pour apprendre. La selection des premiers rendez-vous fut facile, le nombre de ces entreprises/personnes non rebutées par un projet Internet étant très "limitée". Frilosité plus palpable en France d'ailleurs...

Ainsi donc, lorsque nous avons vu la manière dont certains nous recevaient ou analysaient notre proposition, on a même pensé aller faire un prêt dans une banque, d'une manière ou d'une autre ... J'imaginais déjà la tête de mon chargé de clientèle : bonjour, c'est pour un prêt de 13 millions d'euros !!! Quoi je sors ?.

Une chose nous faisait continuer d'y croire cependant. Tous ceux qui nous disaient "non" (trop petit, trop gros, trop je ne sais quoi), ou ceux qui nous disaient "oui", mais dont nous ne voulions pas (vu leurs conditions), avaient un point commun : tous pensaient que le projet était cohérent et avait de grandes chances de réussite.

Surtout, on avait en tête cette marque, cette image emblématique du Web Français, portée par de si simples mais grands principes ... On ne pouvait baisser les bras. Alors on a continué.

On a vu des particuliers, des institutionnels, des banques d'affaires, des entreprises, des fonds, etc ... en France et en Angleterre. Avec toujours le souci de comprendre, de capter toujours plus d'informations, d'appréhender les différents modèles existants, bref de savoir comment concilier notre recherche de fonds avec notre recherche d'independance sur le long terme.

Et, comme dans toute histoire heureuse, nous avons eu un peu de chance.

Clin d'oeil du destin, la fondatrice des ... "First Tuesdays", amie de la femme de Joe, nous mets en relation, via son entreprise et la personne chargée de nous conseiller, avec celui qui, après 12 mois de négociations, deviendra notre dernier associé. Une chose que nous avions rapidement compris : prendre conseil, même rémunéré, plutôt que tourner en rond.

Au final, on a monté un projet que nous qualifions de "Management Buy In", soit en fait des cadres extérieurs à l'entreprise qu'ils rachètent. Ceci avec leurs moyens propres (pas de projet sans coûts) et un crédit souscrit par l'entreprise à une fondation familiale, stable et transparente dans ses investissements. Et ce depuis des générations, dans des secteurs clairement identifiés comme "acceptables".

Ce "MBI", est le croisement d'un "LBO" (Leverage Buy Out) et d'un "MBO" (Management Buy Out). Clairement reconnu comme un des nouveaux modèles de "gouvernance", à opposer à celui des sociétés côtées, par exemple, où l'on est naturellement poussé à diriger en fonction du cours de bourse, nous n'en connaissions pas l'existence avant cela.

Rien n'étant écrit par avance, seul le temps nous dira si notre choix a été le bon. Je ne peux que vous assurer que d'une chose : la négociation avec les actionnaires de Gandi a été "simple" comparativement à celle avec mes associés. Simplement parce que, au maximum, j'ai souhaité préserver nos chances de mener notre projet à bien, tel que nous l'avions pensé.

Certes, d'autres solutions étaient possibles, y compris des modèles mixant certaines entre elles : je suis certain que l'on aurait pu arriver à monter ce rachat encore de mille autres façons. Ca n'a pas vraiment d'importance, en fait. L'essentiel est que nous y soyons arrivés, que ce projet existe dans de bonnes conditions.

Ah oui, une précision : Au moment où j'ai monté le dossier de rachat, avant de savoir si cela allait aboutir, j'étais chômeur. Et le peu de liquidités (licenciement Lycos) que j'avais, est passé dans le projet, au moment de l'arrivée de notre deuxième enfant. Les risques sont nécessaires à tout projet d'entreprendre, essayez juste de les limiter au maximum ^^.