Réaction d'être humain
Par Stephan le jeudi 19 janvier 2006, 14:33 - General - Lien permanent
Le titre est choisi : Il prévient que je ne fais ce billet qu'à titre personnel, en tant qu'être humain et citoyen qui a le droit de se poser certaines questions.
Il constitue également une demande vis-à-vis du principal intéressé des suites de l'affaire d'Outreau : le juge qui a instruit l'enquête.
Il constitue également une demande vis-à-vis du principal intéressé des suites de l'affaire d'Outreau : le juge qui a instruit l'enquête.
De manière à cadrer ce billet, je vous encourage à lire ce billet du Monde.
Quelques extraits choisis (je rappelle qu'il s'agit d'une déposition d'un Huissier de Justice, si ce n'est sous serment, tout au moins officielle et publique lors d'une commission d'enquête) :
Nous sommes le 10 janvier 2002. Je suis entendu pour un interrogatoire. Et alors que je suis en geôle, on vient m'annoncer le décès de ma mère. Le 14 novembre 2001, ma mêre a arrêté de s'alimenter, de parler.
Ce 10 janvier 2002, qui j'ai devant moi ? Celui que je qualifierais de meurtrier de ma mère, le juge Burgaud, c'est à cause de lui que maman est partie. Pensez-vous qu'il m'aurait proposé de reporter l'interrogatoire , pensez-vous qu'à un moment il aura un sentiment humain, une parole, un geste ? Rien.
Il a l'outrecuidance de me poser la question : qu'est-ce qu'elle fait votre mère ? Quand je réponds : elle est morte, Monsieur le juge, il répond : oui ça, je sais, mais qu'est-ce qu'elle faisait avant ? Le 14 janvier 2002, j'irai à l'enterrement de ma mère en fourgon cellulaire, menotté, entre deux gendarmes.
Bien sûr, si les propos rapportés sont réels, c'est simplement scandaleux et inhumain. Mais, tout comme pour les accusations des acquittés, il serait immature et immodeste d'en parler parce que je n'ai sans doute pas tous les éléments et le recul nécessaires. Par contre, la réaction - publique - du Juge est ce qui a déclenché ce billet.
Nous avons deux personnes mortes, treize autres dont la vie est brisée, et un gamin de 34 ans (mon âge donc) qui communique par communiqué de presse - via son avocat - pour dire que les excuses (demandées par les acquités qui le rendent responsable de tous leurs malheurs), il n'en donnera pas et que son travail est irréprochable ...
Monsieur Burgaud, je ne sais pas, et sans doute ne saurons-nous jamais ce qu'il s'est réellement passé. Mais votre petite carrière et personne peuvent quand même souffrir quelque chose du genre : "je suis désolé de ce qu'il s'est passé, même si j'ai le sentiment d'avoir fait mon travail correctement au sein de l'appareil judiciaire actuel".
24 mots auraient suffit. Pour que ces personnes, dont vous avez détruit la vie - par incompétence, parce que vous étiez un rouage d'un système imparfait, etc ... - n'ont besoin que de cela pour commencer leur travail de reconstruction.
Autant vous dire que je vais suivre avec grand intérêt votre audition publique, et j'espère très sincèrement vous voir "comprendre les souffrances ressenties par les personnes dans cette affaire".
Dernière précision : Le Président de la République (je parle de la fonction, pas de l'homme), a lui-même présenté ses excuses, au nom des institutions.


Commentaires
Merci pour ce billet. C'est tout bonnement scandaleux, révoltant, enfin les mots me manquent aussi. Incroyable. Etre à ce point pétri de certitudes ne fait que donner plus de crédits à tous ceux qui veuleny la mort des juges (une bonne partie de la classe politique, en fait). Dommage. Et ce qui est encore plus affolant, c'est les syndicats de la magistrature qui persistent à défendre l'indéfendable.
Vanchop : Je pense qu'ils défendent leur profession, pas l'individu. Beaucoup d'emissions intéressantes sur le sujet ce week end, dont la toujours excellente "arrêt sur image", j'ai hâte de suivre la confrontation entre les acquités et M. Burgaud.
Parce que l'un des membres de la commission a précisé sur le plateau qu'une confrontation pourrait avoir lieu après le témoignage du "Juge".
Leurs propos sont tellement aux antipodes les uns des autres, que cela risque d'être un grand moment. Tout comme la Juge et le gendarme auditionnés en Belgique pour l'affaire Dutrou, dont l'un mentait.
Le seul problème ? On a jamais sû qui cela était (même si selon les avis "off" des membres de la commission, ce fut le gendarme).