Le Bar de Gandi

Accueil > Internet > L'évolution du marché des noms de domaine

L'évolution du marché des noms de domaine


Revenons donc sur ce qui est en train de se passer : les noms de domaines, qui servent à identifier tout site sur Internet pour le "grand public", sont administrés par des "Registres", spécialisés par ce que l'on appelle une "extension". Il en existe des centaines, les plus connues et les plus vendues étant les .com, .org, .info, .de, etc ...

Ils sont le fait de société privées et donc purement commerciales, ou émanation des pays qui les possèdent (parfois les deux). Le .fr par exemple est administré par l'Afnic, qui est une association de fait administrée par l'état dont les représentants siègent en force à son conseil d'administration. Le .com est géré par Verisign, qui, chose impensable dans d'autres marchés, fut également un revendeur (également appelé "Registrar", comme nous) et continue à vendre des services additionnels.

Le système qui gère les noms de domaine est clairement identifé :

- Le Department of Commerce (DoC) américain est l'organe décideur des choix stratégiques via une de ses émanations, la NTIA,
- La NTIA délègue à L'ICANN (une association) la gestion administrative des noms de domaines,
- L'ICANN choisi les prestataires techniques pour la gestion au jour le jour et l'exploitation des extensions générales (Verisign pour le .com et le .net, PIR pour le .org, Affilias pour le .info etc ...), et les pays font leur choix sur leur extension nationale. Mais toujours sous l'influence américaine, puisque la majorité des 13 serveurs racines sont gérés là bas. Ce qui pose des problèmes de gouvernance, mais Loïc en parle mieux que moi (Damilaville pas le surfer politologue).

Dès lors, la proposition de l'Icann de libéraliser les prix et plus généralement les pratiques des principales extensions (voir le billet de Jean Marie Le Ray - qui a inspiré ce billet - et ici), s'inscrit dans le cadre classique d'un marché qui se développe et protège ses acquis, ses marges, ses intérêts, bref, se mature. Le débat a déjà eu lieu sur le .com et les décisions sont déjà allées dans le même sens : augmentation des prix sans justification autre que le profit, exploitation sans vergogne des noms de domaine par les bureaux d'enregistrement et les Registres eux-mêmes.

Alors bien sûr, on peut (et l'on doit) y voir une manipulation du fait d'intérêt commerciaux ou étatiques aux dépends du plus grand nombre, mais au final il me semble que cela est inéluctable.

Pourquoi ?

Simplement parce qu'essayer d'influencer ces décisions est totalement utopique à nos niveaux (Gandi ou particuliers). Il existe bien une sorte de réunion des bureaux d'enregistrement au sein de l'Icann, mais outre le fait que les décisions se prennent à Washington, les bureaux eux-mêmes ne sont pas unanimes, et lorsqu'ils le sont, cela ne dure pas très longtemps. L'exemple de revirement de Godaddy (n°1 mondial de ce marché et de très loin) est édifiant. A ce sujet, le fait de voir en référence Bob Parsons m'a toujours fait sourire (ah! sa charge opportuniste sur les .eu !).

Que faire ?

Cela doit-il nous empêcher de réagir ? Bien sûr que non : il y a 6 ans, Gandi (et d'autres), en proposant une alternative, bousculait déjà les règles et faisait éclater l'oligopole de ces sociétés. Oh! nous ne rêvons pas : mais simplement le fait que nous existions, que nous fassions partie des plus gros vendeurs de noms de domaines au monde pour les extensions les plus communes ET que nous nous refusions à certaines pratiques (prix d'un nom de domaine en fonction de sa valeur marchande, Sitefinder, revente directe de noms de domaine d'occasion etc ...) est un fait incontestable et la preuve qu'il est possible de se comporter "autrement". Une condition cependant : que nous fassions toujours partie des "gros", car sinon il nous sera impossible de négocier avec les registres.

C'est inscrit dans notre ADN : Gandi a été fondée sur ce principe de mise à disposition à un prix accessible à tous, de respect des intérêts de nos clients, d'honnêteté, et nous ne sommes pas prêt d'en changer.

Nous continuerons, car au final ceux qui ont le pouvoir, c'est vous. Il suffit de l'exercer, de faire des choix. Qu'une minorité ne se comporte pas comme des moutons, choisisse une alternative (nous ou d'autres qui l'incarnent à vos yeux) et l'équilibre des forces en sera un peu moins déséquilibré, le marché se régulant un peu de lui-même ... parce que vous aurez le choix.

Cette diversité est tout simplement ce qui nous faut préserver (bien plus que de se battre contre des moulins à vents), car elle conditionne notre rapidité et notre qualité d'évolution.

PS : Jean Marie Le Ray : J'ai essayé de faire un rétrolien sur votre billet, mais blogger ne veut pas ;)

EDIT : J'avais oublié de poster la lettre envoyée à l'époque au patron de l'Icann pour dénoncer ces manoeuvres : http://forum.icann.org/lists/revised-settlement/msg00027.html