Après des années de tentatives infructueuses pour localiser et réparer une fuite d’air persistante à bord de la Station spatiale internationale, l’agence spatiale russe serait sur le point de mettre hors service la section concernée de l’avant-poste orbital.
La fuite a été détectée pour la première fois en 2019 dans le tunnel de transfert PrK qui relie un port d’amarrage au module russe Zvezda. Depuis lors, la NASA et son homologue russe, Roscosmos, ont multiplié les tentatives pour la colmater, mais en vain. D’après Anatoly Zak, le journaliste basé aux États-Unis et auteur de RussianSpaceWeb, Roscosmos semble avoir décidé de fermer définitivement l’accès entre le module Zvezda et le tunnel PrK afin d’isoler la fuite du reste de la station spatiale.
Fermeture scellée
Le mois prochain, la Russie lancera le vaisseau cargo Progress MS-36 pour acheminer des fournitures vers l’ISS. Selon le rapport de Zak, il s’agira de la première mission de ravitaillement touchée par la fermeture; au lieu de décharger via Zvezda, le Progress MS-36 sera déchargé par les sas du Poisk, un autre module russe.
Gizmodo a contacté la NASA pour confirmer la fermeture permanente de la chambre de transfert vers le module Zvezda, mais n’a pas reçu de réponse avant publication. Ni la NASA ni Roscosmos n’ont publié de déclaration concernant cette décision.
L’analyste de l’industrie spatiale russe Georgy Trishkin, citant ses propres sources, affirme que la NASA aurait fait pression sur l’agence spatiale russe pour sceller définitivement la fuite d’air en fermant le tunnel PrK, selon The Insider.
Les deux agences spatiales auraient été en désaccord sur la cause fondamentale de la fuite, ainsi que sur son ampleur. Les tensions ont atteint un point culminant plus tôt cette année lorsque cinq astronautes de l’ISS ont été priés de se mettre à l’abri alors que Roscosmos préparait un plan risqué pour réparer la fuite.
Après avoir identifié de nouvelles zones de fuite présumées dans le PrK, Roscosmos a ordonné à deux de ses cosmonaute d’utiliser une scie, comme l’a rapporté Ars Technica, afin d’obtenir un meilleur accès à une zone qui pourrait contribuer à la fuite. Des responsables de la NASA auraient exprimé des désaccords avec la méthode russe pour s’attaquer à la fuite d’air, affirmant que la nouvelle stratégie « aurait pu entraîner un risque accru pour la structure dans la zone ».
La saga de la fuite d’air
Depuis sa découverte, la fuite n’a pas seulement persisté mais s’est également aggravée. Le débit de fuite d’air du module de service a doublé, passant d’environ une livre par jour à un peu plus de deux livres par jour, selon des responsables de la NASA en février 2024, avant d’atteindre un pic de 3,7 livres par jour en avril, selon un rapport du NASA Office of Inspector General. Cela a conduit la NASA à classer la fuite au niveau de risque le plus élevé.
En juin 2025, les choses ont commencé à paraître plus prometteuses. La NASA mesurait un nouveau signal de pression (un changement dans l’écoulement d’air ou la pression dans la cabine détecté par les capteurs), ce qui pourrait indiquer que les fuites ont été scellées.
Moins d’un an plus tard, des cosmonautes russes déchargeaient des cargaisons du vaisseau Progress 95 lorsqu’ils remarquèrent une chute lente de la pression dans le tunnel PrK. Cela signifiait que l’air s’échappait toujours de la station, et que les signes d’un ralentissement étaient faux.
Suite au plan avorté de la Russie consistant à retirer un support à l’intérieur du tunnel, les deux agences spatiales auraient poursuivi leurs différends avant que Roscosmos ne se mette d’accord pour déclasser le tunnel PrK.
Avec le sas fermé, l’objectif est de minimiser les pertes d’air et d’isoler la fuite elle-même du reste de la station spatiale. Cela signifie aussi que les cosmonautes russes n’auront plus accès au tunnel, et Roscosmos devra utiliser d’autres ports d’amarrage pour transférer les vivres et le matériel vers l’ISS.
Si le tunnel de transfert a bel et bien été scellé, cela marquerait la fin de plusieurs tentatives (dont certaines étaient discutables) visant à réparer la fuite, tout en soulignant les défis croissants liés à l’entretien de la station spatiale vieillissante.