Samedi, l’Indonésie a commencé à appliquer une interdiction générale des réseaux sociaux pour les enfants de moins de 16 ans. Selon l’Associated Press, cette loi vise expressément à empêcher les jeunes d’être exposés à « la pornographie, le cyberharcèlement, les arnaques en ligne et l’addiction » sur Internet. Les plateformes concernées seraient Roblox, YouTube, TikTok, Facebook, Instagram, Threads, X, et une plateforme de visioconférence utilisée en Asie du Sud-Est appelée Bigo Live, selon l’AP.
Il n’est pas exagéré de dire qu’il s’agit de la plus importante interdiction de ce type à ce jour, de loin.
L’Indonésie, quatrième pays le plus peuplé au monde, compte environ 288 millions d’habitants — et environ 250 millions d’entre eux sont des « utilisateurs mobiles d’Internet » selon Statista. Si un quart du pays a moins de 16 ans (et c’est une estimation prudente puisqu’environ un quart du pays avait moins de 14 ans en 2023), cette loi toucherait directement 72 millions de personnes — soit environ 0,89 % de la population mondiale. L’Australie, célèbre pour avoir été le premier pays à adopter une interdiction similaire, affiche une population totale estimée à 27,5 millions toutes tranches d’âge confondues.
L’Indonésie avait déjà laissé entrevoir l’arrivée de cette interdiction, l’annonçant au début de ce mois. Le gouvernement indonésien affirme qu’elle sera mise en œuvre par étapes, et non appliquée intégralement en une seule fois, note l’AP. Toutefois, la ministre indonésienne des Affaires numériques, Meutya Hafid, a déclaré à l’AP : « Il n’y aura pas de compromis sur la conformité, et toute entité commerciale opérant en Indonésie est tenue de respecter la loi indonésienne. »
Au cours d’une conférence de presse, Hafid a déclaré en indonésien (traduit par Gizmodo à l’aide de la fonction de traduction automatique de YouTube) qu’il existerait une période de transition d’un an avant que les manquements à la conformité ne soient pénalisés.
Juste le mois dernier, l’Indonésie a levé une interdiction nationale sur Grok, le chatbot de xAI, qui est rattaché à la plateforme X d’Elon Musk et qui était au cœur d’un scandale après avoir créé des deepfakes de mineurs non consentants avec des nus partiels ou d’autres contenus sexuels. En janvier, Hafid expliquait l’interdiction ainsi : « Le gouvernement considère que la pratique des deepfakes sexuels non consentis constitue une grave violation des droits humains, de la dignité et de la sécurité des citoyens dans l’espace numérique. »
L’AP citait Hafid hier en déclarant que le déploiement d’une interdiction d’envergure « représente sans aucun doute une tâche. Mais nous devons prendre des mesures pour sauver nos enfants », ajoutant : « Ce n’est pas facile. Néanmoins, nous devons aller jusqu’au bout. »