Avec l’ouverture de la saison des ouragans dans l’Atlantique qui approche à moins de deux mois, les experts se tournent vers des modèles pour estimer l’ampleur potentielle de leurs effets. La prévision la plus récente du Projet de météorologie tropicale de l’Université d’État du Colorado (CSU) s’annonce favorable.
Dans un rapport publié le 9 avril, les experts de CSU prédisent une activité cyclonique inférieure à la moyenne dans le bassin atlantique cette saison, avec 13 tempêtes nommées, 6 ouragans et seulement 2 grands ouragans (catégorie 3 ou plus). Cela s’explique par le fait que l’océan Pacifique est en train de basculer vers El Niño au cours des prochains mois, avec un potentiel d’un El Niño modéré à fort pendant le pic de la saison des ouragans. En fait, certains modèles prévoient un « super » El Niño.
« Nous prévoyons que l’El Niño sera le facteur dominant de la prochaine saison des ouragans », indique le rapport.
Comment El Niño supprime la saison des ouragans dans l’Atlantique
Dans des conditions normales de l’océan Pacifique (également appelées ENSO-neutral), les vents d’est soufflent vers l’ouest le long de l’équateur, transportant les eaux chaudes d’Amérique du Sud vers l’Asie. Les eaux froides remontent ensuite des profondeurs pour remplacer ces eaux chaudes, dans un processus appelé upwelling.
El Niño et La Niña représentent deux configurations climatiques opposées qui perturbent ces conditions habituelles. Ensemble, elles forment ce que l’on appelle le cycle El Niño-Southern Oscillation (ENSO). Pendant El Niño, les températures de surface sont plus élevées, les vents commerciaux sont plus faibles et les précipitations augmentent dans le Pacifique central et parfois oriental. La Niña apporte l’inverse : des eaux de surface plus fraîches, des vents commerciaux plus forts et moins de pluie dans le Pacifique central.
Les conditions El Niño diminuent l’activité des ouragans dans l’Atlantique en raison de vents plus forts dans la haute atmosphère qui peuvent détruire la structure d’un cyclone, ce que l’on appelle le cisaillement vertical important. Plus El Niño est fort, plus il devient difficile pour les ouragans de se former dans l’Atlantique.
Il ne suffit que d’un seul atterrissage
D’après la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), les conditions ENSO-neutres actuelles devraient probablement se maintenir jusqu’en juin, puis basculer vers El Niño d’ici juillet.
Il existe une probabilité de 1 sur 4 qu’un super El Niño se forme, ce qui correspond à une élévation des températures de surface de la mer du Pacifique d’au moins 3,6 °F (2 °C) au-dessus de la moyenne. Mais cela dépendra de la poursuite éventuelle des anomalies de vent d’ouest à travers le Pacifique équatorial cet été.
Si un super El Niño se développe, on peut s’attendre à une saison des ouragans dans l’Atlantique extrêmement calme. Toutefois, les prévisionnistes de CSU avertissent contre toute complaisance. Bien que El Niño freine la formation des ouragans dans l’Atlantique, il peut favoriser davantage de tempêtes tropicales et de cyclones dans l’est du Pacifique.
D’après l’analyse du CSU, il existe encore une probabilité de 32 % qu’un ouragan touche une partie des côtes des États‑Unis continentales.
« Comme pour toutes les saisons des ouragans, les résidents des zones côtières doivent se rappeler qu’il ne suffit pas d’un seul ouragan pour rendre une saison active », indique le rapport. « Des préparatifs approfondis doivent être entrepris à chaque saison, quels que soient les niveaux d’activité prévus. »
La force de ce nouvel El Niño deviendra plus claire à l’approche de l’été, et la NOAA devrait publier ses propres prévisions pour la saison des ouragans dans l’Atlantique dans les semaines à venir. Quoi qu’il arrive, il vaut toujours mieux être surdimensionné que sous-préparé.