Le brouillard a toujours été entouré de mystère : notre fenêtre pour le comprendre pourrait se refermer

avril 22, 2026

Les nuages, ces nuages duveteux, ont longtemps embrouillé les climatologues qui tentent de modéliser la façon dont notre atmosphère réagit à la hausse des gaz à effet de serre. Mais ils en savent encore moins sur le brouillard, qui—fidèle à ses résonances littéraires—porte une aura de mystère encore plus prononcée.

Le brouillard est important. Cette brume proche du sol, semblable à un nuage, peut fournir jusqu’à 40% de l’approvisionnement en eau durant l’été pour les immenses forêts de séquoias de Californie, par exemple, ainsi que nourrir les fermes locales dans une région qui représente environ un quart de toutes les fraises produites aux États‑Unis. Et pourtant, les ressources pour comprendre le fonctionnement du brouillard, ou où il se dirige, faisaient cruellement défaut. Jusqu’à maintenant.

Une nouvelle initiative de 3,65 millions de dollars, baptisée Pacific Coastal Fog Research (PCFR), a lancé sa première mission sur le terrain ce mois-ci, dans le cadre d’un plan quinquennal visant à étudier de manière systématique la chimie du brouillard côtier, le rôle du brouillard dans les écosystèmes locaux et la manière exacte dont le brouillard a été affecté par le réchauffement climatique.

« C’est la première fois que nous bénéficions d’un financement pour mener des recherches interdisciplinaires à une échelle qui nous permet vraiment de répondre à des questions fondamentales concernant la dynamique du brouillard côtier et ses impacts sur les écosystèmes, » a déclaré Sara Baguskas, biogeographe à l’Université d’État de San Francisco, au San Jose Mercury News en janvier. « Je dirais que ce n’est pas une histoire simple. »

Le brouillard disparaît

Nous ne connaissons peut-être pas beaucoup le brouillard, mais nous savons une chose: il est en train de disparaître. Une étude de 2010 a montré que le changement climatique pourrait avoir déjà effacé 33% de la couverture annuelle de brouillard autour des séquoias californiens depuis 1951. C’est une mauvaise nouvelle pour l’homme et pour l’environnement, selon une étude de 2024, avec des conséquences qui incluent une augmentation des incendies de forêt, le déclin des forêts, la sécheresse et une forte diminution de la production alimentaire régionale.

Une des façons dont le projet PCFR compte changer cela est littéralement de collecter le brouillard. Pour ce faire, des collecteurs de brouillard d’une hauteur vertigineuse, équivalents à des arbres, ont été déployés sur 15 sites le long de la côte californienne, équipés de capteurs pour recueillir non seulement le brouillard lui‑même, mais aussi des données de température, de vent, d’humidité et de radiation solaire.

Ce qui se cache dans le brouillard

Pour vérifier rigoureusement leurs conclusions, les scientifiques prévoient d’employer des simulations climatiques intégrées, tant globales que locales, qui remontent et avancent dans le temps. Les modèles à haute résolution analyseront si le changement climatique a réellement joué un rôle dans le déclin du brouillard, et chercheront aussi à prédire ce que le réchauffement futur pourrait faire au brouillard.

Les chercheurs du PCFR envisagent aussi d’étudier comment le brouillard interagit avec les polluants et les toxines naturelles. En milieu urbain, des indices antérieurs ont suggéré que l’humidité réactive contenue dans le brouillard peut transporter des composés nocifs comme l’acide nitrique et l’acide sulfurique, ainsi que des particules dangereuses, comme la suie et des métaux traces. Enfin, ils suivront une éventuelle hausse du méthylmercure, une substance dangereuse produite naturellement par certaines bactéries océaniques, qui semble s’accumuler dans les écosystèmes côtiers à cause du brouillard.

« Historiquement, la recherche sur le brouillard a été difficile à financer parce qu’elle est souvent perçue comme peu importante sur les plans régional ou mondial », a déclaré J.P. O’Brien, responsable d’un programme scientifique à la Heising-Simons Foundation, qui finance le projet PCFR, en octobre dernier. « Rien n’est moins vrai. »

Gandi Shah

Entrepreneur franco-indien basé à Paris, je suis passionné par l’informatique et l’écosystème technologique depuis de nombreuses années. À travers Le Bar de Gandi, je partage mes analyses, mes découvertes d’outils et mon regard sur les innovations qui façonnent le monde numérique. Mon objectif est simple : expliquer la tech de manière claire et mettre en lumière les tendances qui comptent vraiment.