Par un été sans précédent, marqué par des canicules, une sécheresse persistante et des feux de forêt, plusieurs des grands fleuves européens s’assèchent. Parmi eux figure le Danube, où des niveaux d’eau historiquement bas mettent à jour des trésors autrefois plongés et obligent les autorités à prendre des mesures drastiques pour limiter les répercussions sur les infrastructures et l’économie.
Des niveaux d’eau si bas que des dizaines de cuirassés de la Seconde Guerre mondiale font surface. La semaine dernière, en Bulgarie, les os d’un mammouth laineux ont été déterrés. Et lundi, la marine roumaine a fait exploser une avancée rocheuse afin de diriger l’eau de refroidissement vers le seul réacteur nucléaire encore en activité du pays. La Roumanie et la Hongrie ont été contraints de mettre hors service des réacteurs refroidis par le Danube pour la première fois, alimentant les inquiétudes d’une crise énergétique imminente, provoquée par la sécheresse.
Les scientifiques identifient le changement climatique comme le moteur de l’été extrême qui frappe l’Europe. « À mesure que le climat se réchauffe, les extrêmes hydrologiques que nous vivons aujourd’hui ne seront que la pointe de l’iceberg », a déclaré Richard Allan, professeur de sciences climatiques à l’université de Reading, au Royaume-Uni, à CNN. « La gestion des ressources en eau deviendra progressivement plus ardue. »
La sécheresse menace l’industrie et l’énergie
Depuis la fin du mois de mai, l’Europe de l’Ouest est confrontée à des vagues de chaleur répétées. La région a enregistré le mois de juin le plus chaud jamais mesuré et le deuxième plus chaud au niveau mondial. Les températures torrides ont ensuite refait surface en juillet, déclenchant des crises historiques d’incendies de forêts en France et en Espagne.
À présent, l’Europe de l’Ouest est une fois de plus touchée par une vague de chaleur. La température maximale moyenne attendue dans la région est de 28 degrés Celsius (82,5 °F), soit environ 4,4 degrés Celsius au-dessus de la norme historique du 5 août, selon Reuters Climate Monitor.
Des sections le long de quatre des plus longs fleuves d’Europe — la Loire près de Saumur en France, le Pô près de Crémone en Italie, le Rhin près de Boppard en Allemagne et le Danube près de Paks en Hongrie — présentent des niveaux exceptionnellement bas, d’après les données satellitaires. Le Danube s’écoule des montagnes de la Forêt-Noire en Allemagne à travers dix pays jusqu’à la mer Noire, reliant quatre capitales nationales et servant de grande voix commerciale. C’est aussi une source majeure d’énergie hydroélectrique et de refroidissement pour les centrales nucléaires.
« Les grands fleuves comme le Rhin et le Danube constituent d’importantes voies commerciales et des sources d’eau pour l’industrie et la production d’énergie ; lorsque les niveaux d’eau baissent, les répercussions dépassent largement les berges des rivières », a déclaré à CNBC Liz Saccoccia, responsable de la sécurité hydrique au World Resources Institute.
L’explosion maîtrisée réalisée par la marine roumaine plus tôt cette semaine permettra d’ouvrir la voie à la construction d’un barrage temporaire qui détournera de l’eau vers le chenal fluvial alimentant le Cernavodă, centrale nucléaire du pays, rapporte Reuters. En Hongrie, où la seule centrale nucléaire du pays a été mise hors service, des réductions volontaires de la consommation d’électricité par les ménages et par plus de 300 entreprises atténuent la pression sur le réseau, toujours selon Reuters.
L’Histoire ressurgit
Bien qu’il soit difficile d’exagérer la gravité de cette crise de sécheresse qui persiste, elle présente une lueur d’espoir pour les passionnés d’histoire. Des reliques de la Seconde Guerre mondiale, y compris des cuirassés et des bombes nazis, refont surface pour la première fois depuis des décennies. Le chasseur de trésors Zsolt Horváth a confié à Fortune qu’il avait récupéré un ancien amplificateur radio et des douilles à l’aide d’un puissant aimant, à partir de la berge exposée du Danube.
Mais, pour départager qui trouvera l’objet le plus ancien, des habitants longent le Danube en Bulgarie ont pris les devants sur Horváth. Ils ont mis au jour les restes d’un mammouth laineux, espèce disparue en Europe il y a environ 4 000 ans. Des experts appelés sur place ont identifié une mâchoire, des fragments de défenses, une partie de l’omoplate et un fémur portant sa tête articulaire, a précisé Nikolay Nenov, directeur du Musée historique régional, à France24.
Si ces découvertes restent certainement fascinantes, elles n’atténuent pas les conséquences significatives et étendues de la sécheresse majeure sur le Danube et d’autres voies navigables européennes essentielles. Si les températures mondiales continuent d’augmenter sans frein, ces conditions pourraient devenir une caractéristique régulière des étés à venir.