Des climatologues et des météorologues tirent la sonnette d’alarme alors que les projections des modèles manifestent une certitude croissante quant à l’émergence d’un « super El Niño ». Les températures de surface océanique dans le Pacifique central équatorial pourraient grimper de plus de 5,4 degrés Fahrenheit (3 degrés Celsius) au-delà de la moyenne, remettant en cause les records détenus par les épisodes El Niño les plus forts de l’histoire.
Un tel phénomène augmenterait considérablement la température moyenne mondiale, car l’océan Pacifique, exceptionnellement chaud, libérerait d’énormes quantités de chaleur dans l’atmosphère. Un récent rapport de Carbon Brief indique que 2026 est déjà sur la voie pour devenir la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée, et 2027 pourrait devenir la plus chaude si un super El Niño venait à se concrétiser.
Cela n’entraînerait pas seulement une intensification des phénomènes météorologiques extrêmes dans diverses régions, mais pourrait aussi verrouiller le climat terrestre dans un régime plus chaud.
Pourquoi une telle certitude ?
Les experts évoquent la probabilité d’un super El Niño depuis mars, mais la certitude des modèles se renforce à l’approche de l’été. Nous sommes toujours techniquement dans la barrière de prévision printanière — une période de plus grande incertitude pour les projections des modèles ENSO — mais les dernières données du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) sont accablantes.
Le graphique ci-dessus montre les projections des modèles de l’ECMWF pour les anomalies de température de surface dans le Pacifique central équatorial, une zone clé que les scientifiques surveillent pour les conditions ENSO. Chaque ligne rouge représente les prévisions d’un modèle différent, retraçant jusqu’où la température dépassera la moyenne au fil du temps.
Chaque modèle prévoit une montée des températures de surface des océans d’au moins 3,6 °F (2 °C) au-dessus de la moyenne d’ici novembre, dépassant le seuil d’un El Niño « très fort ». Dans les scénarios les plus extrêmes, les anomalies de température approchent 7,2 °F (4 °C), ce qui dépasse largement le seuil d’un super El Niño.
« La confiance monte clairement quant à la survenue potentielle du plus grand El Niño depuis les années 1870 », écrivait Paul Roundy, professeur de sciences atmosphériques à l’Université d’État de New York à Albany, dans un récent post sur X. Les enregistrements d’El Niño remontent à environ 1850.
Comment un super El Niño pourrait influencer les phénomènes météorologiques extrêmes

Les effets de l’El Niño varient d’une région à l’autre. Des eaux océaniques plus chaudes font dévier le courant jet pacifique vers le sud par rapport à sa position neutre ENSO, apportant des précipitations plus abondantes au sud des États‑Unis et des conditions plus chaudes et sèches au nord.
Un El Niño « super » aurait des effets amplifiés, augmentant considérablement les risques de sécheresse et d’incendies de forêt dans le Nord-Ouest et les Grandes Plaines déjà affaiblis par le manque d’eau. D’un littoral à l’autre, les États du sud verraient des orages plus intenses et des pluies diluviennes, accroissant le risque d’inondations. Et alors que les températures moyennes s’élèvent, les vagues de chaleur deviendraient plus fréquentes et plus sévères dans une grande partie du pays.
Los Angeles and Southern California will need to prepare for extreme flooding and mudslides this winter 2026/27 as the Super El Niño intensifies across the Pacific Ocean.
Category 5 « atmospheric rivers » will bring enormous volumes (trillions of gallons) of warm precipitation. pic.twitter.com/Reg0kcjea7
— Ryan Maue (@RyanWeather) May 7, 2026
Pour ce qui est du côté positif, l’El Niño a historiquement conduit à une saison des ouragans dans l’Atlantique moins active, ce qui pourrait réduire le nombre de cyclones tropicaux dans le Sud‑Est.
À l’échelle mondiale, un super El Niño pourrait laisser une empreinte durable sur le climat de la Terre. James Hansen, climatologue à l’Université Columbia, a récemment confié à Inside Climate News que même un El Niño modérément fort au cours des 12 à 18 prochains mois pourrait faire grimper la température moyenne mondiale d’environ 3 °F (1,7 °C) au‑dessus du niveau préindustriel.
Ceci dépasserait le seuil de réchauffement de 2,7 °F (1,5 °C) que la communauté internationale considère comme un point de bascule pour des répercussions climatiques catastrophiques, et Hansen doute que la température mondiale ne remonte véritablement sous ce seuil après la dissipation d’El Niño.
Impossible de prédire exactement comment cet événement va se dérouler. Les experts continueront de suivre de près l’évolution de cet El Niño dans les prochaines semaines, et nous devrions avoir une meilleure idée de sa gravité d’ici la fin du mois de mai. Mais même si le pire des scénarios ne se matérialise pas, il s’annonce comme un épisode hautement marquant.