La FCC tente de résoudre les appels automatisés et risque d’aggraver la vie privée

mai 11, 2026

Dans un communiqué de presse publié à la fin du mois dernier, le président de la FCC, Brendan Carr, a déclaré : « Nous devons apporter un véritable soulagement pour les consommateurs face aux appels automatisés. » Dans un autre communiqué publié deux jours plus tard, la commission écrivait que « mettre fin aux appels illégaux est la priorité absolue de la protection des consommateurs de la FCC ».

À première vue, cette insistance devrait être une nouvelle accueillie favorablement par le public américain. À la fin de l’année dernière, un rapport du groupe de défense des consommateurs U.S. PIRG Education Fund a révélé que les Américains avaient reçu 2,14 milliards d’appels robocalls par mois en 2024. Cela représente environ six appels par mois et par habitant, mais ils ne sont pas répartis équitablement. Il n’est pas rare que certains Américains reçoivent plus de 100 appels de spam en une journée.

Mais le remède de la FCC pourrait être pire que le mal.

Parmi d’autres changements d’envergure, l’ère du téléphone jetable pourrait prendre fin avec le déploiement de nouvelles règles « Know Your Customer » (Connaître son client) votées par la FCC le 30 avril, comme le relève le blog du cabinet d’avocats en droit des télécommunications de Washington, Wiley Rein. Selon les règles proposées, les clients devraient présenter une pièce d’identité officielle, une adresse physique, un nom légal complet et un numéro de téléphone existant. Les règles de la FCC à ce stade ne sont pas encore en vigueur et ne seraient pas mises en œuvre avant un an après l’approbation complète. La commission recherche encore des commentaires et invite notamment à exprimer des préoccupations relatives à la vie privée.

Un billet du 6 mai sur le site du groupe libertaire Reclaim the Net affirme que « Le résultat serait un régime de vérification d’identité couvrant l’un des derniers outils de communication semi-anonymes encore accessibles aux Américains ordinaires. »

En effet, un accès facile aux téléphones pour les personnes en situation précaire, telles que les réfugiés ou les personnes fuyant des relations abusives, est perçu comme une utilisation fortement pro-sociale de l’anonymat relatif offert presque involontairement par les prestataires de téléphonie prépayée à bas coût.

En plus de restreindre l’anonymat, des « signaux d’alarme » potentiels pourraient déclencher un examen par la FCC. L’utilisation d’un bureau virtuel, ou certaines adresses professionnelles lorsque l’on vous demande une adresse physique, l’exploitation d’un site web ou l’emploi d’une adresse e-mail jugée suspecte, et le fait de ne pas être traçable à l’État indiqué sur l’adresse fournie.

Payer le service téléphonique avec des crypto-monnaies pourrait également devenir un signal d’alarme pour la FCC.

« En filtrant les nouveaux clients et les clients qui renouvellent, les opérateurs de services vocaux d’origine sont les mieux placés pour empêcher les arnaqueurs et autres acteurs malveillants d’inonder les réseaux de télécommunications avec des appels illégaux », indique le communiqué de presse de la FCC au sujet de la modification proposée des règles.

Le communiqué attribue en grande partie le blâme aux opérateurs télécoms, en affirmant que « les règles de la Commission exigent déjà que les opérateurs d’origine prennent des mesures « affirmatives et efficaces » pour « connaître leurs clients », et veiller à ce que leurs services ne soient pas utilisés pour générer du trafic d’appels illégaux ». Mais il soutient que certains ne font « pas assez », et que cela produit « davantage d’appels illégaux qui trompent les Américains et qui rendent difficile de tenir les criminels responsables ».

Par conséquent, le régime d’application que ces règles instaureraient est intrigant. Selon Wiley Rein, il s’agirait d’une amende de 2 500 dollars par appel, et contre un opérateur télécom fautif—non pas contre le client émetteur des appels. La FCC ferait essentiellement office de vérificateurs d’identité et d’examinateurs du comportement des utilisateurs, et elle serait fortement incitée à sévir contre ses propres clients, car 2 500 dollars par appel, dans un pays qui reçoit des milliards d’appels robocalls chaque année, pourrait être dévastateur.

Gandi Shah

Entrepreneur franco-indien basé à Paris, je suis passionné par l’informatique et l’écosystème technologique depuis de nombreuses années. À travers Le Bar de Gandi, je partage mes analyses, mes découvertes d’outils et mon regard sur les innovations qui façonnent le monde numérique. Mon objectif est simple : expliquer la tech de manière claire et mettre en lumière les tendances qui comptent vraiment.