L’une des raisons pour lesquelles il a fallu des centaines d’années pour passer de la mécanique newtonienne à la relativité générale est que les effets relativistes spectaculaires prédits par les équations d’Albert Einstein ne se manifestent réellement qu’à des fractions significatives de la vitesse de la lumière — et la lumière va très, très vite. Dans la vie de tous les jours, la seule chose qui se déplace aussi vite que la lumière est, eh bien, la lumière elle-même, et nous ne remarquons donc pas les différences infinitésimales entre les prédictions de la théorie d’Einstein et celles de Newton.
Pour être clair, ces différences peuvent et influent sur nos vies — par exemple, le GPS ne fonctionnerait pas si nous ne prenions pas en compte la relativité. Mais dans l’ensemble, nous avançons dans la vie sans remarquer des phénomènes tels que la dilatation du temps ou l’effet Doppler relativiste. Et si c’était c — la vitesse de la lumière — qui était plus lente ? Et si, au lieu de 299 792 458 mètres par seconde, elle valait… disons 1,38 mètres par seconde ? Cela équivaudrait à 5 km/h (3,11 miles/h), et c’est la valeur choisie par le développeur Dmitry Brant pour un projet qu’il appelle Relativity Park.
Le projet simule une promenade dans un environnement où la vitesse de la lumière est suffisamment lente pour que les effets relativistes deviennent perceptibles dès que l’on commence à bouger. La simulation fixe par défaut c à 5 km/h — une vitesse qu’il décrit comme « une allure de marche rapide » — mais on peut l’augmenter jusqu’à 40 km/h ou la ramener à 1 km/h, ce qui est plus rapide qu’un paresseux, mais pas grand-chose d’autre. Quelle que soit la valeur choisie pour c, vous constaterez que votre propre vitesse ne peut jamais atteindre cette valeur — telle est la nature de notre univers, après tout.
La première chose que vous remarquerez dès que vous commencerez à bouger, c’est l’éclairage de la scène qui change. Cela s’explique par une version optique de l’effet Doppler. Si vous avancez, vous commencez à rattraper la lumière qui se trouve devant vous. De votre point de vue, cela se traduit par un raccourcissement de la longueur d’onde lumineuse et par un déplacement apparent vers le bleu du spectre, de la même manière que le cri d’une sirène d’ambulance semble plus aigu lorsqu’elle se rapproche. Si vous reculez, c’est l’inverse qui se produit; la lumière devant vous a désormais du mal à vous rejoindre, ce qui allonge sa longueur d’onde et rend sa couleur plus rouge. Les deux effets s’accentuent à mesure que votre vitesse se rapproche de c.
En accélérant, vous remarquerez aussi d’autres distorsions visuelles — pendant l’accélération, vous ne semblez pas réellement vous diriger vers les objets lointains. Ce n’est qu’en arrêtant d’accélérer et en dévalant que vous donnez réellement l’impression de bouger. Cela est dû à la contraction des longueurs, un phénomène par lequel les objets qui se déplacent à des pourcentages significatifs de la vitesse de la lumière semblent se contracter pour les observateurs inertiels, tandis que pour ceux qui voyagent à des vitesses relativistes, c’est le contraire qui se produit. (On peut trouver d’excellentes explications à ce sujet dans Minute Physics et The Science Asylum.)
Enfin, dans le coin inférieur droit de l’écran, vous disposez de deux horloges : la vôtre, et une « horloge du monde » qui adopte la perspective d’une personne observant depuis un référentiel inertiel. Elles illustrent sans doute l’effet relativiste le plus célèbre : la dilatation du temps. Vous constaterez qu’au fur et à mesure que vous vous déplacez plus vite, le décalage entre votre horloge et l’horloge du monde devient de plus en plus marqué ; de votre point de vue, le temps continue à s’écouler à sa vitesse « normale », mais l’horloge de l’observateur avance de plus en plus rapidement. Si vous vous dépêchez jusqu’aux voies ferrées au loin, puis faites demi-tour et revenez à la même vitesse, vous constaterez qu’un temps bien plus long s’est écoulé sur l’horloge du monde que sur la vôtre.
(En aparté : n’est-il pas fascinant que nos cerveaux puissent percevoir des effets similaires sous l’emprise de substances psychédéliques ? Oui. Oui, tout à fait.)
Relativity Park n’est pas le premier projet à jouer avec cette idée ; en 2012, le Game Lab du MIT avait publié un jeu intitulé A Slower Speed of Light basé sur le même concept. Brant reconnaît l’influence de ce projet, mais explique qu’il voulait « créer quelque chose de beaucoup plus léger : du simple JavaScript et du WebGL, utilisables dans une application web ». Et comme nous sommes en 2026, le projet est en grande partie codé sur le mode ambiance — mais si vous allez utiliser Claude pour quelque chose, eh bien, vous pourriez faire pire que cette démonstration accessible de l’un des joyaux de l’intelligence humaine.