Le roi de l’âge du fer qui a attiré Rome en Grande-Bretagne était en fait une femme, selon les archéologues

novembre 05, 2026

La terre aujourd’hui connue sous le nom de Grande-Bretagne était dirigée pendant des siècles par des chefs tribaux, avant qu’une grande partie de son territoire ne soit conquise par l’Empire romain au Ier siècle de notre ère. Certains chercheurs cherchent désormais à remodeler ce que nous savons sur l’un des « rois » de l’Âge du fer qui a joué un rôle pivot dans cette conquête.

Des archéologues de l’Université de Bournemouth au Royaume‑Uni étudient l’Âge du fer tardif en Grande‑Bretagne. Dans un article publié aujourd’hui, le responsable de la recherche Miles Russell avance l’hypothèse selon laquelle un dirigeant tribal nommé « Verica », généralement décrit comme masculin, était presque certainement une femme. Les travaux de l’équipe constituent la dernière indication montrant que la société britannique de l’époque était largement gouvernée par des dirigeantes.

« Verica fut un acteur majeur dans l’histoire de la manière dont la Grande‑Bretagne est devenue une province romaine et il a été évoqué dans de nombreux livres, articles et essais, mais a toujours été mal genré », a déclaré Russell, le directeur des fouilles archéologiques à Bournemouth, à Gizmodo.

Le cas d’un roi féminin de l’Âge du fer

L’Âge du fer britannique se caractérisait par la disponibilité nouvelle du fer comme matériau courant pour les outils et les armes dans la région. Il dura d’environ 750 avant notre ère jusqu’à l’an 43, se terminant par l’invasion des troupes envoyées pour la première fois par l’empereur Claude. Bien que les tribus du nord aient repoussé avec succès l’expansion ultérieure de l’empire, la majeure partie de la région resta sous contrôle romain sous le nom de Britannia pendant près de 400 ans.

La réévaluation identitaire de Verica s’inscrit dans le cadre d’un effort plus vaste visant à étudier la transition entre ces périodes, connu sous le nom du Projet Durotriges.

Verica, également connu sous le nom de Berikos, était un allié romain et le dirigeant de la tribu des Atrebates, dont le territoire couvrait des parties du sud de la Grande‑Bretagne. Vers 40 apr. J.-C., Verica fut destitué et le souverain évincé prit la fuite vers Rome. Selon Cassius Dio, historien romain du Ier siècle, Verica aurait alors convaincu Claude d’envoyer ses troupes en Grande‑Bretagne, ouvrant la voie à l’invasion romaine. Ce qui arriva à Verica par la suite, y compris s’il parvenait un jour à reconquérir son territoire perdu, demeure inconnu.

Alors que Verica est généralement évoqué comme un roi masculin, il existe de nombreuses raisons de croire le contraire, affirme Russell.

Pour commencer, les noms féminins de cette époque se terminaient couramment par un « a » — une caractéristique observée chez Cartimandua des Brigantes et Boudica des Iceni, deux autres dirigeantes tribales marquantes de l’époque connues pour être des femmes. Certaines pièces émises par Verica portaient l’étiquette latine « Rex », signe de soutien romain. Si « rex » est souvent traduit par « roi », le terme lui-même est neutre du point de vue du genre. Par ailleurs, les pièces de Verica présentent une apparence nettement différente de celles émises par d’autres rois masculins de la période.

« L’imagerie distinctive déployée par Verica montre des guerrières équestres élancées, dénudées sur la poitrine et manifestement féminines. Aucun autre dirigeant de l’âge du fer qui frappait des pièces en Grande‑Bretagne n’a mis des guerrières sur des pièces », a déclaré Russell.

Si l’argument de Russell et de son équipe est correct, cette découverte repenserait l’histoire de cette période cruciale.

« Cela aide à remodeler le paysage politique de l’Angleterre préromaine, en apportant des preuves de trois dirigeantes puissantes — Cartimandua, Boudica et Verica — Verica étant probablement la plus significative, car sans elle, il est probable que Rome n’aurait jamais envahi », a-t-il déclaré.

Russell remarque que les premiers historiens comme Cassius Dio n’indiqueaient pas le genre de Verica. Dio et d’autres auteurs auraient même inclus Verica et l’ancien esclave Narcisse dans leur récit de cette invasion afin de souligner leur perception de Claude comme un dirigeant faible.

« Faire en sorte qu’un ex-esclave pousse les soldats au combat et qu’une femme barbare venue de Grande‑Bretagne prenne des décisions politiques s’inscrit dans le cliché selon lequel Claude était inefficace et mine subtilement l’accomplissement de Claude », a déclaré Russell. Par la suite, les historiens pourraient avoir simplement supposé que Verica était un homme en raison de leurs propres préjugés sur la faiblesse inhérente des femmes.

Russell discute des recherches menées sur Verica dans un article publié aujourd’hui dans Current Archaeology; elles seront également présentées plus en détail dans son prochain livre consacré à un autre souverain de l’Âge du fer nommé Caratacus.

Grande‑Bretagne matrilocale

Loin d’être une exception, le règne de Verica ne semble pas avoir été inhabituel en Grande‑Bretagne à l’époque de l’Âge du fer.

L’an dernier, l’équipe de Russell et d’autres ont publié une étude analysant les génomes anciens des habitants de la région. Ils ont trouvé des preuves indiquant que les hommes avaient tendance à rejoindre les communautés de leurs partenaires, tandis que de nombreux lignages pouvaient être retracés jusqu’à une seule femme. Ces résultats, affirme Russell, « indiquent une société matrilocale où les hommes « épousent » et viennent rejoindre la communauté de leur épouse plutôt que l’inverse, suggérant peut‑être que les terres se transmettaient par la lignée féminine ».

Il est certainement possible que nous en apprenions encore davantage sur Verica et sa tribu grâce à de futures fouilles ou à une meilleure analyse ADN des os restants. En attendant, Russell espère que les gens puissent regarder le passé ancien avec un esprit ouvert et réaliser que tout ce que nous tenons pour vrai dans l’histoire et chez les historiens antiques, en particulier chez les Romains qui n’étaient pas tout à fait impartiaux, n’est pas nécessairement vrai.

Gandi Shah

Entrepreneur franco-indien basé à Paris, je suis passionné par l’informatique et l’écosystème technologique depuis de nombreuses années. À travers Le Bar de Gandi, je partage mes analyses, mes découvertes d’outils et mon regard sur les innovations qui façonnent le monde numérique. Mon objectif est simple : expliquer la tech de manière claire et mettre en lumière les tendances qui comptent vraiment.