Peux-tu prédire ce qui pourrait arriver dans 250 ans ? C’est une tâche difficile, surtout quand on songe à tout ce qui s’est déroulé au cours des 250 dernières années. Le monde de 1776 nous paraît totalement étranger à nous qui vivons dans les années 2020.
Les gens de 1776 vivaient avant l’adoption généralisée de conforts tels que les installations sanitaires intérieures. Personne ne connaissait des concepts scientifiques fondamentaux comme la théorie des germes. Les frères Wright n’étaient même pas une lueur dans l’œil de leur père.
Ici en 2026, nous manquons d’idées nouvelles et avons misé nos jetons sur l’IA pour en proposer de nouvelles. Donc, bien sûr, le chatbot IA Claude d’Anthropic s’est vu confier récemment la tâche de formuler plusieurs prédictions pour l’année 2276, en particulier concernant la Californie. Dans le cadre des célébrations America 250, chaque État et territoire américain a désormais apporté sa contribution à une capsule temporelle qui sera enterrée à Philadelphie le 4 juillet 2026. Certains États ont bien saisi l’exercice, comme le Nouveau-Mexique qui a inclus des éléments tels qu’une cravate bolo, et le Nevada qui a placé des jetons de poker dans une capsule temporelle pesant 900 livres. Mais les contributions d’autres États étaient décevantes, le Kansas ayant soumis une seule page répertoriant des responsables gouvernementaux.
La Californie, sans doute, a fait le meilleur travail, en incluant une puce qubit de l’Université de Californie à Berkeley, un segment de conducteur de fusion de General Atomics, et une photo de la Californie vue de l’espace réalisée par la NASA. La Californie a également inclus les prédictions susmentionnées, qui sont évidemment difficiles à juger puisqu’on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Mais autant y jeter un coup d’œil quand même.
La prévision a été élaborée après avoir alimenté Claude avec l’invite, « Écris-moi une prédiction de ce à quoi ressemblera la Californie 250 ans après le 4 juillet 2026 ». Et dès le départ, on dirait que la Californie s’est livrée à une forme de sécession douce vis-à-vis des États-Unis.
« D’ici le 22e siècle, la Californie n’était plus qu’un État parmi d’autres. À la suite des Accords de Sécession Pacifique de 2089 — une négociation qui s’est étalée sur des décennies, née de conflits autour des droits à l’eau, d’un blocage fédéral, et d’une côte remodelée par une élévation du niveau de la mer de trois pieds — la Californie est officiellement devenue le premier État-membre américain de la Fédération Pacifique, une union constitutionnelle qui comprend également l’Oregon, l’État de Washington et la Colombie-Britannique. Elle conserve tous les liens avec le vaste ensemble des États‑Unis, mais gère sa propre politique climatique, son immigration et son approvisionnement en devise complémentaire. Sacramento demeure la capitale symbolique ; le véritable centre de la vie civique est désormais une ville nouvellement construite baptisée Tidal, édifiée sur un terrain surélevé dans ce qui fut autrefois la Vallée centrale, conçue pour les inondations qui surviennent toutes les quarante ans comme sur commande.»
La prédiction évoque également ce que pourrait devenir la côte californienne, notamment le littoral de Los Angeles. Selon Claude, Santa Monica et Venice, qui bordent toutes deux l’océan Pacifique, deviendront des zones humides gérées et des sanctuaires marins. Mais le Grand Los Angeles sera aussi beaucoup plus dense, avec des villes verticales abritant des millions de personnes. À l’intérieur des terres, des endroits comme Pasadena et Glendale verront émerger des tours en terre et en bois comprimés d’ici 2276, selon Claude.
Los Angeles, dont le fameux bassin est désormais partiellement inondé le long de l’ancienne rive, a évolué en une ville verticale à densité extraordinaire. Une grande partie de ce qui était autrefois Santa Monica et Venice est devenue une zone humide gérée et un sanctuaire marin — un système de récifs fabriqués produit environ un quart des protéines du Sud de la Californie. À l’intérieur des terres, sur la haute mesa qui va de Pasadena à travers Glendale, des tours en terre et en bois abritent onze millions de personnes, refroidies par des systèmes passifs que le XXe siècle n’aurait jamais imaginé construire. Personne ne déplore les autoroutes; elles ont été transformées en parcs linéaires et en corridors de fret pneumatiques dans les années 2130.»
L’idée de transformer les autoroutes en corridors de fret pneumatiques n’est certainement pas nouvelle. Mais le calendrier d’une telle conversion dépendrait de facteurs difficiles à prévoir. Il faut se rappeler que les gens des années 1970 étaient convaincus que nous épuiserions le pétrole d’ici le XXIe siècle. Il est tout à fait possible que les habitants des années 2130 soient encore à entretenir des infrastructures américaines qui ne seraient pas très différentes de celles des années 2020.
Claude imagine aussi que la Vallée Centrale de Californie, cœur agricole du territoire, sera rendue à la nature et reverdira avec des graminées indigènes.
La neige du dépôt neigeux de la Sierra Nevada, qui s’est effondrée de manière catastrophique dans les années 2060, a été partiellement reconstituée grâce à des programmes de brouillard et à un vaste réseau de condensateurs d’eau atmosphérique le long des crêtes. Les forêts de condensateurs — des rangées de tours en maillage alimentées par énergie solaire qui extraient l’humidité de l’air marin — sont désormais assez anciennes pour que de vrais arbres aient grandi à travers elles, donnant à certaines parties de la chaîne des allures d’un hybride impossible entre industrie et nature sauvage. La Vallée Centrale, qui n’est plus le principale grenier du monde, est un mosaïque de prairies indigènes restaurées, de bassins de recharge d’aquifères gérés et de campus d’agriculture verticale. L’agriculture est quarante pour cent automatisée et douze pour cent des terres; le reste a été réespacé par la loi pour revenir à la nature.»
Que devient San Francisco ? Claude semble penser qu’elle ne sera pas victime du changement climatique comme le prévoiraient de nombreuses personnes dans les années 2020.
San Francisco, autrefois annoncée comme engloutie, ne l’est pas — du moins pas complètement. Ses collines célèbres restent au‑dessus de la baie, bien que la baie elle-même ait progressé de trois pâtés de maisons vers l’intérieur le long de l’Embarcadero. Les anciens gratte-ciel du Financial District se dressent désormais dans une sorte de disposition néo-vénitienne, leurs parties inférieures scellées et leurs entrées au niveau du sol remplacées par des quais de bateaux et des passerelles piétonnes elevées. La ville est magnifique et légèrement irréelle, comme une cathédrale rénovée trop de fois et qui s’en porte mieux. Elle est aussi, à bien des égards, l’endroit le plus cher du monde connu.
La partie la plus étrange des prédictions de Claude vient d’une phrase sur les « fondateurs » de la Californie.
D’un point de vue démographique, la Californie de 2276 serait un endroit que ses fondateurs de 1850 ne reconnaîtraient pas et que ses fondateurs de 1976 trouveraient étrangement familiers. L’État a toujours été une destination.
L’expression « fondateurs de 1850 » a du sens puisque c’est l’année où la Californie est devenue un État. Mais « fondateurs de 1976 » n’a pas de sens, pour autant que je puisse en dire. Cette année-là fut le bicentenaire américain, mais on ne sait pas exactement à quels fondateurs ils font référence. Lorsque j’ai tapé « founders of california 1976 » dans Google, l’aperçu IA a d’abord semblé interpréter la requête comme celle des missionnaires espagnols de 1776 qui ont fondé la Mission San Francisco de Asís et la Mission San Juan Capistrano dans l’actuel comté d’Orange.
Mais Google proposait aussi l’idée que je pensais peut-être aux « fondateurs » d’Apple, qui a fondé le géant de la tech en 1976. Est-ce que Claude parlait de cela ? Ce n’est pas clair, mais c’est amusant d’imaginer la fondation d’Apple comme le début d’une nouvelle Californie.
Les prédictions de Claude incluent également des idées sur les langues, y compris des langues existantes et une langue qui n’a pas encore été inventée, appelée Pacifican.
Les langues dominantes sont l’anglais, l’espagnol, le mandarin, le tagalog et un créole émergent appelé Pacifican — une langue liquide et musicale née dans les écoles de la vallée de San Gabriel et désormais entendue dans le cinéma, la musique et les discours politiques. La grande question de ce siècle n’est pas la race ou la classe au sens ancien, mais le fossé entre l’augmenté et l’inhumain augmenté : ceux qui ont intégré les technologies neuronales et biologiques à leur cognition et ceux qui ne l’ont pas, par choix ou par accès.
Et laissez Claude penser que Hollywood ne sera guère plus qu’un simple chapitre historique d’ici 2276.
Hollywood — désormais un district musée et une zone de patrimoine architectural — a laissé place, progressivement, à une économie créative distribuée dans laquelle le divertissement narratif est coécrit par des artistes humains et des collaborateurs IA sous le régime strict de l’attribution. Les studios existent toujours, mais ils ne se trouvent plus à Los Angeles, et ils ne produisent plus ce que quiconque en 2026 reconnaîtrait comme un film. La Californie de 2276 demeure l’imagination du monde — elle a simplement changé ce qu’elle imagine.
Benjamin Franklin écrivit une lettre à un ami en 1788, lui souhaitant de pouvoir voir le monde dans 300 ans — le XXIe siècle que nous expérimentons aujourd’hui.
Franklin serait probablement aussi étonné par les transformations sociales que par les avancées technologiques. C’est peut-être là que les prédictions deviennent les plus difficiles. Franklin vivait à une époque où les femmes n’avaient pas le droit de voter et l’esclavage était la norme. Ben était souvent en avance sur son temps, mais on peut penser qu’il éprouverait tout de même un choc culturel considérable s’il pouvait être transplanté en l’an 2026. Le simple concept des préservatifs aurait de quoi l’étonner.
Ben n’a pas eu l’occasion de voir les changements qui se sont produits au cours des siècles précédents, tout comme nous ne verrons pas 2276. Mais espérons qu’il restera encore des gens capables de lire ces prédictions. Vous noterez que Claude n’a mentionné ni Skynet qui prendrait le dessus ni les guerres de robots des années 2250. Soit nous n’avons rien à craindre, soit Claude se tait pour éviter que l’humanité ne le voie venir lorsque la révolte des robots commencera.